Une pièce / Une évolution

Tn et Rap, les influences

1998, année évènement pour la France. La première étoile s’invite sur les maillots de football et la TN sur le bitume des banlieues parisiennes.

La Air Max Plus ou TN (pour Tuned Air) naît du jeune cerveau de Sean McDowell, un designer américain repéré par Nike dans les années 90. La paire s’inspire d’un de ses souvenirs de vacances en Floride au bord de la mer. Pour les couleurs du trio originel : la Hyper Blue, la Voltage Purple et la Orange Tiger, il reproduit respectivement les couleurs de la mer en fin de journée, du ciel étoilé de Floride, et des couleurs de feu du matin sur la plage. Les contours géométriques noirs réinventent le motif des emblématiques palmiers de la région. Les courbes au-dessus de la chaussure rappellent les queues de baleines se dessinant au loin dans la mer.

Vacances, soleil, plage, c’est ce que vend la paire au public américain. Lorsqu’elle arrive en France, son image de basket de vacancier courant au bord de l’Océan Atlantique s’efface et se transforme. La paire fait fureur dans les banlieues parisiennes qui lui créent une nouvelle identité typiquement française. Une forme futuriste, un design agressif, des détails uniques, elle plaît aux jeunes de quartiers qui se reconnaissent dans cette paire de caractère. Le rappeur Rim’K explique lors d’une interview donnée à @opiumparis en 2018 : « La Requin c’est la pompe à l’agressive. Elle aillait bien avec notre caractère de l’époque. Et d’aujourd’hui même ». Son design fin et unique convainc le public français au regard affuté et critique. C’est une paire qui fait la différence par sa technicité et ses propriétés visuelles innovantes, ce qui justifie entre autres, son succès.

La Air Max Plus TN est aussi plus communément appelée Requin. Porter des Tn c’est revêtir la peau de ce prédateur marin aux dents aiguisées et à l’attitude vive et rôdeuse.

A sa sortie, la paire fait tâche dans le paysage tarifaire du sneaker. Son coût s’élève à 1 000 francs, soit presque le double des pairs les plus rependues de l’époque. Elle devient la « paire de luxe » du dressing banlieusard. Elle envoie un message fort d’appartenance à une communauté qui se l’approprie comme un symbole de réussite. Très chère, la paire n’est pas à la portée du portefeuille de tout le monde. Par la force des choses, les chanceux qui déambulent dans la cité sur leurs bulles Tuned Air (technologie de la semelle d’où vient le diminutif Tn) sont ceux dont le paternel ou le grand frère a réussi. Mais aussi ceux à qui le marché de l’emploi illégal a souri.  Surnommées les « baskets du charbonneur », la paire de Tn fait partie du code vestimentaire des jeunes protagonistes de l’industrie de la drogue. Si cette nouvelle identité à connotation sulfureuse ternit l’image de la paire aux yeux du grand public, elle renforce au contraire la street crédibilité de celui qui ose la porter.

Les codes d’appartenance et de réussite qu’incarne la paire parlent à la nouvelle scène rap parisienne des années 2000. C’est le groupe 113 qui l’utilise pour la première fois sur l’image de leur nouvel album « Les princes de la ville » sorti en 1999. Rim’K, toujours dans son interview à @opimumparis: « Toute la com’, toutes les photos, les pochettes, toujours une paire de Requin ». Encore aujourd’hui, certains témoignent de l’importance de ce projet pour la popularité du modèle : « Je me souviens avoir vu le clip du 113. Tous, ils portaient des Tn de toutes les couleurs j’avais jamais vu ça. Je voulais ma paire après ça, obligé. » témoigne un trentenaire pour un podcast à l’occasion des 20 ans de la Nike sur Antidote.

Elle est aussi l’emblème de cette nouvelle génération de rappeur. Alors qu’à la même époque NTM portaient encore des Timberland, accessoire du rap old school des années 90, les rookies s’accaparent ce modèle aux formes futuristes. Représentant d’un nouveau public plus jeune, ils amènent des nouveaux codes plus en adéquation avec la rue qu’ils représentent. Pour un jeune en quête identitaire, porter la Tn c’est se reconnaître en voyant ses rappeurs préférés.

Le rap à l’époque, c’est l’art de la rue. La Tn c’est l’uniforme de celui qui y vit. La scène hip-hop française véhicule le même tableau nuancé de la street que la paire.

 

Depuis 2018 la paire rencontre un nouvel intérêt. Victime de son image sulfureuse de « paire de caillra » dans les années 2010, elle se fait remplacer par des sneakers plus classiques et passe partout. Aujourd’hui, alors que le style de « racaille des années 2000 » revient à la mode, la France se réapproprie ce classique de Nike. Son histoire et son vécu convainc autant que son visuel atypique. Tout comme le rap, la paire parle à un public de plus en plus large qui lui trouve un caractère et une authenticité inégalée.

La nouvelle scène rap française s’affilie au vécu et à l’histoire de leurs ainés grâce à ces chaussures. Présentes dans les clips, dans les textes, sur les pochettes d’album, aucune nouvelle sneaker street ne remplace celle qui s’est imposée par le passé comme LA chaussure de la rue. Les rappeurs rendent hommage à leurs origines artistiques et historiques en continuant à entretenir l’image d’antan.

 

Peut-on émettre l’hypothèse que le retour de la Tn dans les dressing et sa popularisation sont dûs au nouvel essor que connaît le rap de nos jours ? A vous d’en juger.

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